Une canette rouge, une recette familiale et un goût floral qui surprend dès la première gorgée. À Besançon, une boisson encore discrète dans les rayons français est en train de trouver son public à une vitesse inattendue. Derrière ce succès, il y a une histoire de transmission, de travail et un pari commercial très concret.
En moins de trois mois, le projet a dépassé les attentes de son créateur. Mais ce résultat ne repose pas seulement sur une belle identité visuelle ou sur l’attrait de la nouveauté.
Le bissap, une boisson d’Afrique de l’Ouest encore rare en grande distribution
Le bissap est une boisson traditionnelle d’Afrique de l’Ouest préparée à partir de fleurs d’hibiscus. Au Sénégal, où elle est souvent considérée comme une boisson nationale, elle fait partie des habitudes familiales et des moments du quotidien.
Pour Faty Thiam, la mère de Simon Leclair, le bissap accompagne les repas, les déplacements et les journées de chaleur. « En famille, à table, ça nous accompagne partout », explique-t-elle. Au Sénégal, sa sœur transforme même cette préparation en crème glacée, vendue notamment dans les gares et à l’aéroport.
Pourtant, malgré une histoire qui remonterait à plus de 2 000 ans, le bissap reste peu connu du grand public en France. Il est surtout consommé en Afrique subsaharienne ou au sein des diasporas africaines. La boisson commence à susciter un intérêt en France et en Europe, mais elle demeure rare sous une forme prête à boire, distribuée à grande échelle.
Simon Leclair résume cette absence par un constat simple : il était difficile de trouver du bissap dans les enseignes comme Intermarché, Super U ou Carrefour. Or, les boissons sans alcool occupent une place grandissante dans les bars, les restaurants et les commerces. C’est précisément là que Bissapéti veut s’installer.
Reste à comprendre ce qui donne à cette canette bisontine sa saveur singulière et son identité si personnelle.
Bissapéti, la recette de Faty Thiam mise en canette par son fils Simon
Bissapéti est un bissap à base d’hibiscus inspiré directement de la recette de Faty Thiam. Simon Leclair, entrepreneur franco-sénégalais de 26 ans, a choisi de ne pas créer une formule éloignée de ses souvenirs d’enfance. Il a préféré adapter la préparation familiale, avec un peu moins de sucre.
Le nom de la marque s’inscrit dans cette volonté de rendre la boisson accessible sans effacer ses racines. Le logo de la canette rassemble d’ailleurs plusieurs éléments intimes : le visage de leur mère, les contours du Sénégal et la silhouette de sa sœur, Awa Leclair.
Awa Leclair, ancienne athlète de haut niveau et championne de France du 100 mètres haies en 2018, vit désormais en Suisse. Elle est revenue spécialement à Besançon pour le lancement officiel. L’idée de l’aventure serait née d’une plaisanterie entre le frère et la sœur, avant de devenir un véritable projet entrepreneurial.
La recette repose sur cinq ingrédients seulement :
- des fleurs d’hibiscus ;
- des feuilles de menthe ;
- de la vanille ;
- du sucre ;
- de l’eau.
Cette composition simple donne une boisson rouge, fraîche et florale. Lors du lancement, certains invités ont mis en avant le goût net de l’hibiscus. D’autres y ont retrouvé un souvenir d’enfance, celui du bissap bu avec leur mère.
Simon Leclair rappelle qu’il existe autant de recettes de bissap que de mères africaines. Cette diversité fait partie de la richesse de la boisson. Pour Bissapéti, le choix est clair : la référence reste la recette de sa mère.
De la cuisine familiale aux 30 000 canettes vendues en trois mois
Le lancement officiel de Bissapéti s’est tenu le 8 septembre 2026 au Comptoir général, dans le centre-ville de Besançon, dans le Doubs. Proches, amis et invités ont découvert ou redécouvert cette boisson à l’hibiscus dans une ambiance très familiale.
Mais la commercialisation avait débuté dès l’été, avec une arrivée sur le marché en juillet. Dix-huit mois se sont écoulés entre les premiers essais en bouteille, les tests auprès de consommateurs et la mise en vente des premières canettes.
Pour concrétiser le projet, Simon Leclair a investi ses économies et obtenu le soutien de banques. Il a créé sa petite entreprise, puis a trouvé une usine près de Nantes pour assurer la fabrication. Ce choix implique une organisation précise : la production se fait à l’autre bout de la France, tandis que le stockage et une partie de la distribution se déroulent à Besançon.
La première commande représente 77 000 canettes. Il s’agissait d’évaluer la réaction du marché avant d’envisager la suite. Les palettes sont entreposées dans trois box à Besançon, qui se vident progressivement au fil des commandes.
- Tester la recette : Simon Leclair a commencé par des bouteilles et des retours de consommateurs.
- Lancer la production : une usine située près de Nantes a fabriqué la première série de 77 000 canettes.
- Stocker localement : les canettes ont été installées dans trois box à Besançon.
- Distribuer en direct : le créateur assure lui-même de nombreuses livraisons avec son petit frère.
- Élargir le réseau : des restaurants, des commerces et des distributeurs relaient désormais Bissapéti.
Début octobre, 15 palettes avaient déjà été écoulées. En moins de trois mois, la marque a franchi le seuil des 30 000 canettes vendues. Un démarrage qui donne une dimension très concrète à ce projet né dans une cuisine familiale.
Mais le volume vendu ne suffit pas : pour durer, une jeune marque doit s’implanter dans des lieux où les consommateurs peuvent la découvrir facilement.
De Besançon à Paris, Nantes, Nancy et la Suisse : un réseau qui s’étend
La première brasserie à faire confiance à Bissapéti est la brasserie des Vivants. Son gérant, Rafael Valentin, a intégré la boisson à sa carte. Pour lui, le contexte est favorable aux alternatives sans alcool, alors que les ventes de vin diminuent et que le marché du soft prend de l’ampleur.
Le développement dépasse déjà la Franche-Comté. Bissapéti est disponible dans des points de vente à Paris, dans le sud de la France et en Suisse. Des propositions arrivent également de plusieurs horizons, jusqu’en Amérique latine.
Deux accords avec de grands distributeurs ont récemment été conclus à Nancy, en Meurthe-et-Moselle, et à Nantes, en Loire-Atlantique. Ces partenaires permettent désormais à la marque de diffuser ses canettes dans l’est et l’ouest de la France.
| Étape du développement | Élément clé |
|---|---|
| Création du produit | Recette familiale de Faty Thiam, adaptée avec moins de sucre |
| Production initiale | 77 000 canettes fabriquées près de Nantes |
| Stockage | Trois box à Besançon |
| Ventes après moins de trois mois | Plus de 30 000 canettes |
| Distribution | Besançon, Paris, sud de la France, Nancy, Nantes et Suisse |
Simon Leclair mène ce développement en parallèle de son emploi. Formé au Cours hôtelier de Besançon, il travaille toujours comme gouvernant d’étage dans un palace à Lausanne, en Suisse. Pendant ses jours de repos, il organise les livraisons avec son petit frère.
Cette implication directe lui permet de rester proche des établissements et des clients. Mais elle montre aussi qu’une distribution artisanale demande une énergie considérable.
Les points à connaître avant de comparer le bissap aux autres boissons
Le bissap n’est pas un simple sirop parfumé ou une limonade rouge. Son identité repose d’abord sur l’infusion des fleurs d’hibiscus, complétée ici par la menthe et la vanille. Son profil aromatique est floral, frais et légèrement acidulé selon les recettes.
Il faut aussi éviter de réduire le bissap à une tendance passagère. Sa présence récente dans les circuits commerciaux français ne reflète pas son ancienneté culturelle. La boisson est profondément ancrée dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, avec des recettes qui varient d’une famille à l’autre.
Enfin, le format canette facilite la découverte, mais il ne remplace pas la diversité des préparations maison. Crème glacée, boisson de table ou boisson fraîche à emporter : le bissap peut prendre plusieurs formes.
Pour Simon Leclair, la prochaine étape pourrait être une version pétillante de Bissapéti. En attendant, il poursuit la promotion de sa boisson sur les réseaux sociaux et continue de faire circuler, canette après canette, une recette transmise par sa mère.



